đ LA SUBSISTANCE ALIGNĂE đ
đ Vivre dignement sans prostituer son Axe đ . I
âââââââđđđđ Toutes les images que vous verrez dans cet article sont issues de VIRILIS MENTIS PRIME, (en cours dâĂ©dition) un corpus visuel et conceptuel traversant mes pensĂ©es au sein de son Artefact Edition.đđđ
đ§ Suggestion musicale pour une lecture plus immersive :
Dragon Ball Super â Trunks cuts Zamasuđ¶
Je viens dâun lieu oĂč le sens sâest fissurĂ©.
Je cartographie comme je respire.
Je nâĂ©cris pas pour ĂȘtre lu,
jâĂ©cris pour rendre lisible
avec une éthique qui structure,
une clinique qui tranche,
un esprit toujours indulgent,
une science qui demeure noble,
et une pédagogie qui laisse place au spectre.
Par la verticalitĂ©, je rĂȘve dâun monde oĂč il sera enfin temps,
Que lâHumain Axial supplantera le dĂ©sordre de lâHumain Social.
Afin que nos valeurs transcendent les frontiĂšres et les gĂ©nĂ©rations⊠âšđđđ
đ Par un verbe vertical qui pense Ă voix Ă©crite, pour que le monde redevienne enfin lisible. đ
đŹ-[â Pour celles et ceux qui souhaitent contribuer discrĂštement Ă cette recherche, un court questionnaire (â 3 minutes) est proposĂ© ci-dessous. Il alimente mes enquĂȘtes.
đ LA SUBSISTANCE ALIGNĂE â INTRODUCTION đ
« DerriĂšre lâargent, il y avait toujours plus que lâargent : une ambition Ă canaliser, une virilitĂ© Ă comprendre, des excĂšs Ă traverser, une santĂ© Ă perdre, une dignitĂ© Ă sauver, et peu Ă peu, au milieu de tout cela, un axe Ă ne plus vendre. »
đ Pendant longtemps, je nâai pas vĂ©ritablement pensĂ© lâargent. Je lâai dâabord vĂ©cu comme une matiĂšre de circulation, de plaisir, de gĂ©nĂ©rositĂ© et de lien. Issu dâune famille moyenne, ni rĂ©ellement pauvre, ni vĂ©ritablement riche, je nâai pas grandi avec une conscience aiguĂ« de la valeur matĂ©rielle, ni avec cette angoisse permanente de manquer. Lâargent passait, sortait, revenait parfois, disparaissait souvent. Il servait Ă sortir, manger, inviter, faire plaisir, exister socialement, parfois mĂȘme Ă offrir trop vite Ă lâextĂ©rieur ce qui aurait peut-ĂȘtre dĂ» ĂȘtre mieux canalisĂ© vers mon propre socle. Avant dâĂȘtre une question de stratĂ©gie, de statut ou de survie, la subsistance fut donc dâabord pour moi une forme dâinnocence : une abondance naĂŻve, affective, dispersĂ©e, encore incapable de comprendre que toute dĂ©pense engage dĂ©jĂ une certaine maniĂšre dâhabiter le rĂ©el.đ
đ La subsistance alignĂ©e nâest pas la richesse. Ce nâest pas non plus la pauvretĂ© glorifiĂ©e, la frugalitĂ© moralisatrice ou le renoncement dĂ©guisĂ© en sagesse. Câest une question plus tranchante : comment vivre matĂ©riellement dans le monde sans prostituer son axe intĂ©rieur ? Comment gagner sa vie, construire une stabilitĂ©, rĂ©pondre aux nĂ©cessitĂ©s du corps, de la famille, du logement, de la santĂ© et du temps, sans laisser lâargent devenir le maĂźtre secret de notre orientation profonde ? Car lâargent nâest jamais seulement de lâargent. Il peut devenir rĂ©paration, revanche, preuve virile, masque social, anesthĂ©sie, fuite, domination, sĂ©curitĂ©, dignitĂ© ou servitude. Tout dĂ©pend de ce que lâon cherche inconsciemment Ă lui faire porter.đ
đ Ă travers cette traversĂ©e, il ne sâagira donc pas de raconter une simple trajectoire professionnelle, mais de relire plusieurs Ăąges intĂ©rieurs de mon rapport Ă la valeur : lâinnocence de lâabondance ; la promesse de sortie sociale ; la polyvalence comme construction de compĂ©tence ; le corps performant ; la fracture sanitaire ; la bascule techno-commerciale ; la virilitĂ© blessĂ©e avant lâambition ; les illusions scalables ; lâexposition publique ; puis la maladie, avant que lâĂ©criture ne devienne progressivement un autre territoire de subsistance. Non plus pour devenir riche par revanche, ni pour transformer la blessure en dĂ©monstration permanente, mais pour chercher une maniĂšre plus juste de tenir : vivre assez dignement pour continuer Ă penser, Ă©crire, transmettre et construire sans vendre ce qui, en soi, doit rester vertical.đ
đ LâINNOCENCE DE LâABONDANCE đ
« Avant de savoir protĂ©ger mon axe, je vivais dĂ©jĂ dans une abondance de gestes, de liens et dâĂ©lans que je ne savais pas encore orienter. »
đ Avant que lâargent ne devienne une question de stratĂ©gie, de subsistance, de dette intĂ©rieure ou de dignitĂ©, il fut dâabord pour moi une matiĂšre presque innocente. Je nâai pas grandi dans une grande richesse, mais je nâai pas non plus grandi dans une misĂšre structurante qui aurait imprimĂ© trĂšs tĂŽt en moi la peur du manque. Il y avait une forme de normalitĂ© moyenne, un sol assez stable pour ne pas immĂ©diatement comprendre que lâargent possĂšde une gravitĂ© propre. Je pouvais donc le dĂ©penser sans vĂ©ritablement le penser, comme si sa fonction premiĂšre nâĂ©tait pas encore de protĂ©ger, dâanticiper ou de construire, mais de faire circuler quelque chose : du plaisir, du lien, de la prĂ©sence, parfois mĂȘme une maniĂšre naĂŻve dâexister parmi les autres.đ
đ Je dĂ©pensais beaucoup. Dans les sorties, les amis, la nourriture, les moments partagĂ©s, les plaisirs simples ou excessifs, les Ă©lans de gĂ©nĂ©rositĂ© parfois mal orientĂ©s. Lâargent devenait une extension affective : inviter, payer, offrir, participer, ĂȘtre lĂ , crĂ©er une ambiance, ne pas compter trop vite, ne pas ramener chaque geste Ă une arithmĂ©tique froide. Il y avait quelque chose de sincĂšre lĂ -dedans, mais aussi quelque chose dâimmature. Car une gĂ©nĂ©rositĂ© sans axe peut rapidement devenir une fuite Ă©lĂ©gante : on donne pour faire plaisir, mais aussi parfois pour Ă©viter de mesurer ce que lâon ne construit pas encore.đ
đ Avec le recul, je vois que cette pĂ©riode contenait dĂ©jĂ une premiĂšre tension. Je pouvais ĂȘtre gĂ©nĂ©reux Ă lâextĂ©rieur, disponible pour les autres, dĂ©pensier dans des espaces sociaux, alors que cette mĂȘme Ă©nergie aurait peut-ĂȘtre pu ĂȘtre davantage canalisĂ©e vers mon propre socle, ma famille, ma stabilitĂ©, mon avenir. Ce nâĂ©tait pas de la malveillance, ni de lâirresponsabilitĂ© pure. CâĂ©tait plutĂŽt une abondance sans conscience, une dĂ©pense sans architecture, une maniĂšre de vivre lâargent comme un flux immĂ©diat avant de comprendre quâil pouvait aussi devenir une colonne, une rĂ©serve, une protection, une responsabilitĂ©.đ
đ Câest peut-ĂȘtre lĂ que commence rĂ©ellement la subsistance alignĂ©e : non pas dans la culpabilitĂ© dâavoir dĂ©pensĂ©, ni dans le regret moral dâavoir Ă©tĂ© trop gĂ©nĂ©reux, mais dans la comprĂ©hension progressive que toute ressource demande une orientation. Lâargent nâest pas seulement ce que lâon possĂšde ou ce que lâon perd. Il rĂ©vĂšle ce que lâon valorise, ce que lâon fuit, ce que lâon cherche Ă nourrir, ce que lâon nĂ©glige parfois sans le voir. Dans cette premiĂšre innocence, je ne prostituais pas encore mon axe ; je ne savais simplement pas encore que jâen avais un Ă protĂ©ger.đ
đ LA PROMESSE DE SORTIE SOCIALE đ
« Je croyais quâen faisant vie finirait nĂ©cessairement par reconnaĂźtre ce que je valais. »
đ AprĂšs lâinnocence de lâabondance est venue une autre croyance, plus verticale, plus sĂ©rieuse, plus lourde aussi : celle selon laquelle lâĂ©tude pouvait devenir une sortie. Je ne venais pas dâun milieu misĂ©rable, mais je ne venais pas non plus dâun monde oĂč les grandes Ă©tudes, les rĂ©seaux, les trajectoires dâĂ©lite ou les postes prestigieux Ă©taient des Ă©vidences naturelles. Dans mon environnement familial, il y avait bien des figures de rĂ©ussite, notamment un oncle mĂ©decin, mais elles nâĂ©taient pas suffisamment nombreuses pour que je ressente les hautes Ă©tudes comme un hĂ©ritage fluide. Elles apparaissaient plutĂŽt comme des exceptions, des percĂ©es, des preuves que quelque chose Ă©tait possible, mais jamais garanti.đ
đ Cet oncle, justement, portait une histoire qui mâa marquĂ©. Venu dâAlgĂ©rie en France, il avait rapidement perçu dans certains espaces du systĂšme français une forme de biais cognitif post-colonial : non pas toujours une hostilitĂ© dĂ©clarĂ©e, ni nĂ©cessairement une arrogance consciente, mais une maniĂšre subtile de placer la France au centre du monde, comme si les compĂ©tences venues dâailleurs devaient dâabord prouver davantage leur lĂ©gitimitĂ©. Ce quâil avait ressenti, ce nâĂ©tait pas seulement un jugement individuel, mais une atmosphĂšre : celle oĂč lâon semble parfois surpris quâun homme venu dâun autre territoire puisse ĂȘtre aussi compĂ©tent, aussi formĂ©, aussi digne dâĂȘtre reconnu. Et cette sensation lâa suffisamment heurtĂ© pour quâil reparte en AlgĂ©rie, comme sâil refusait de quĂ©mander une reconnaissance Ă un systĂšme qui ne savait pas toujours regarder sans hiĂ©rarchiser.đ
đ Je ne raconte pas cela pour transformer une trajectoire familiale en accusation gĂ©nĂ©rale. Moi-mĂȘme, je nâai pas grandi dans une expĂ©rience frontale et permanente du racisme venant des Français blancs ou dâorigine europĂ©enne. Je nâai pas le souvenir dâavoir Ă©tĂ© brutalement ramenĂ© Ă mon origine par eux comme si elle devait dĂ©finir ma place. Le paradoxe est ailleurs : lorsque jâai ressenti une forme dâethno-diffĂ©rentialisme, elle venait souvent de personnes elles-mĂȘmes issues de minoritĂ©s, non pas forcĂ©ment pour mâexclure, mais pour crĂ©er une proximitĂ©. Comme si rappeler lâorigine, la communautĂ© ou la racine permettait de fabriquer un lien immĂ©diat. Pourtant, mĂȘme lorsquâelle se veut fraternelle, cette maniĂšre de nommer lâautre depuis son appartenance peut devenir une assignation douce : on ne te rejette pas, mais on te replace dans une catĂ©gorie avant mĂȘme de te laisser apparaĂźtre comme individu.đ
đ Mais dans le fond, le message familial Ă©tait dĂ©jĂ inscrit ailleurs : parce que jâĂ©tais dâorigine algĂ©rienne, de racine kabyle et de confession musulmane, je ne pouvais pas me permettre dâĂȘtre simplement âau mĂȘme niveauâ. Il fallait faire plus, viser plus haut, ĂȘtre meilleur, plus solide, plus irrĂ©prochable. Cette idĂ©e sâest installĂ©e trĂšs tĂŽt en moi : si jâavais le mĂȘme niveau que les autres, cela ne suffirait peut-ĂȘtre pas. Il fallait dĂ©passer, compenser, surperformer. Ătre seulement compĂ©tent ne paraissait pas assez ; il fallait devenir difficile Ă Ă©carter. Câest lĂ que la promesse de sortie sociale a commencĂ© Ă prendre une forme presque morale : les Ă©tudes nâĂ©taient plus seulement un chemin professionnel, mais une maniĂšre de rĂ©pondre Ă un monde supposĂ© plus exigeant avec moi quâavec dâautres.đ
đ Chaque diplĂŽme devenait alors une marche, chaque formation une armure, chaque compĂ©tence une preuve supplĂ©mentaire dĂ©posĂ©e contre la possibilitĂ© dâĂȘtre sous-estimĂ©. Avec le recul, je vois que cette croyance portait Ă la fois une noblesse et une blessure. Elle mâa poussĂ© Ă travailler, Ă apprendre, Ă accumuler, Ă refuser la mĂ©diocritĂ©, Ă ne pas me satisfaire trop vite dâun niveau moyen. Mais elle contenait aussi une illusion profonde : celle de croire que la vie rĂ©compense mĂ©caniquement lâeffort, que la compĂ©tence finit toujours par ĂȘtre reconnue, que celui qui fait plus sera nĂ©cessairement vu, choisi, respectĂ©, lĂ©gitimĂ©. Or le rĂ©el nâest pas aussi juste. Il ne distribue pas toujours la reconnaissance selon la valeur, ni la stabilitĂ© selon le mĂ©rite. Et cette dĂ©couverte allait progressivement fissurer en moi lâidĂ©e selon laquelle il suffisait de monter pour ĂȘtre enfin alignĂ©.đ
đ LA POLYVALENCE COMME CONSTRUCTIONS DE VALEURS đ
« Je ne construisais pas encore une carriĂšre ; jâempilais des langages pour comprendure lâhumain, le corps, la performance, le marchĂ© et les systĂšmes sous plusieurs angles. »
đ AprĂšs la promesse de sortie sociale est venue une autre phase : celle de lâaccumulation. Non pas seulement une accumulation de diplĂŽmes, mais une accumulation de langages, de grilles de lecture et de compĂ©tences. Je ne suivais pas encore une ligne parfaitement rectiligne. Je cherchais, jâavançais, je bifurquais, je complĂ©tais. Vu de lâextĂ©rieur, cela aurait pu ressembler Ă une dispersion. Mais avec le recul, je comprends que cette polyvalence Ă©tait dĂ©jĂ une maniĂšre de construire ma valeur autrement : non pas seulement par un statut ou une institution, mais par la capacitĂ© de traverser plusieurs dimensions du rĂ©el.đ
đ Il y eut dâabord le socle scientifique, puis la psychologie clinique, qui mâa ouvert Ă la psychĂ©, aux conflits intĂ©rieurs, aux blessures et aux structures invisibles qui orientent les comportements. Ensuite, la nutrition et la diĂ©tĂ©tique ont dĂ©placĂ© mon regard vers le corps comme territoire concret : ce que lâon mange, ce que lâon absorbe, ce que lâon transforme, ce que lâon dĂ©rĂšgle parfois en cherchant Ă se contrĂŽler. Puis la prĂ©paration mentale est venue relier la psychĂ© Ă la performance, la pensĂ©e Ă lâaction, la tension intĂ©rieure au geste. Chaque formation ajoutait une strate, comme si je cherchais Ă comprendre lâĂȘtre humain non pas depuis une seule fenĂȘtre, mais depuis plusieurs portes dâentrĂ©e.đ
đ Le coaching sportif a ensuite donnĂ© une forme plus incarnĂ©e Ă cette construction. LĂ , il ne sâagissait plus seulement de penser lâhumain, mais de lâaccompagner dans son effort, sa discipline, sa fatigue, son rapport au corps, Ă lâimage, Ă la progression et Ă la limite. Le corps devenait un texte vivant : une matiĂšre lisible, une mĂ©moire musculaire, nerveuse, alimentaire et Ă©motionnelle. Je commençais Ă comprendre que la valeur ne se construisait pas seulement dans les diplĂŽmes, mais aussi dans la capacitĂ© Ă faire dialoguer des mondes que lâon sĂ©pare souvent trop vite : la psychologie, la santĂ©, la nutrition, le mouvement, la motivation, la discipline et la transformation.đ
đ Puis une autre strate sâest ajoutĂ©e : celle du business, de la vente complexe, des logiciels, des hautes technologies et de la stratĂ©gie commerciale. Avec la vente IT, les ESN, lâĂ©dition et lâintĂ©gration logicielle, je suis entrĂ© dans un univers oĂč il ne suffisait plus de comprendre lâindividu ; il fallait comprendre les organisations. Les besoins explicites, les enjeux cachĂ©s, les circuits de dĂ©cision, les rapports dâinfluence, les rĂ©sistances internes, les signaux faibles, les stratĂ©gies dâacquisition, les outils numĂ©riques, les logiques de marchĂ©. Cette bascule mâa aussi exposĂ© trĂšs tĂŽt aux environnements technologiques et aux outils dâautomatisation, avant mĂȘme que lâintelligence artificielle ne devienne un sujet omniprĂ©sent.đ
đ Mais cette polyvalence avait une ambiguĂŻtĂ©. Elle me donnait une richesse intĂ©rieure considĂ©rable, tout en me rendant difficile Ă classer. Ni seulement psychologue, ni seulement diĂ©tĂ©ticien, ni seulement prĂ©parateur mental, ni seulement coach sportif, ni seulement commercial, ni seulement stratĂšge, ni seulement profil tech : jâĂ©tais dĂ©jĂ en train de devenir une structure hybride, avant mĂȘme de savoir comment faire vivre cette hybridation. Plus jâaccumulais de langages, plus je devenais capable de relier les choses ; mais plus je risquais aussi de ne rentrer proprement dans aucune case. Câest lĂ que la construction de valeur a commencĂ© Ă rencontrer une question plus dure : comment transformer une compĂ©tence composite en subsistance rĂ©elle ?đ
đ LE CORPS PERFORMANT ET LA FRACTURE SANITAIRE đ
« Jâavais appris Ă construire de la valeur par le corps, jusquâau moment oĂč le monde lui-mĂȘme a rappelĂ© que toute performance dĂ©pend aussi dâun sol qui peut se fermer. »
đ AprĂšs la polyvalence comme construction de valeur, il y eut le moment oĂč cette valeur devait sâincarner plus concrĂštement. Le corps nâĂ©tait plus seulement un objet dâĂ©tude, un territoire de savoir ou une matiĂšre thĂ©orique traversĂ©e par la psychologie, la nutrition et la prĂ©paration mentale. Il devenait un lieu de travail, de transmission, de subsistance. En devenant coach sportif en salle, je suis entrĂ© dans un espace oĂč la compĂ©tence devait se voir, se sentir, se rĂ©pĂ©ter dans le rĂ©el : accompagner, corriger, motiver, structurer, faire progresser, tenir une prĂ©sence face Ă des corps qui cherchaient eux aussi une transformation.đ
đ Cette pĂ©riode avait quelque chose de trĂšs direct. Le corps ne ment pas facilement. Il montre la fatigue, la discipline, lâexcĂšs, la nĂ©gligence, la volontĂ©, la honte parfois, lâenvie de changer, le besoin dâĂȘtre regardĂ© autrement. Dans une salle, on ne travaille jamais seulement des muscles. On travaille des reprĂ©sentations de soi, des frustrations, des comparaisons, des dĂ©sirs de rĂ©paration, des tentatives de reprendre prise sur son image et sur son existence. Le coaching sportif mâa appris cela : derriĂšre chaque programme, chaque charge, chaque rĂ©pĂ©tition, il y a souvent une histoire silencieuse entre un individu et sa propre valeur.đ
đ Mais cette subsistance par le corps portait dĂ©jĂ sa fragilitĂ©. Elle demandait de la prĂ©sence, de lâĂ©nergie, du contact, du lieu, de la rĂ©gularitĂ©. Elle dĂ©pendait dâun monde ouvert, de salles ouvertes, de rythmes maintenus, de corps disponibles, dâune Ă©conomie du mouvement. Je pensais pouvoir construire quelque chose Ă partir de cette matiĂšre : ma prĂ©sence, mon savoir, mon corps, ma capacitĂ© Ă comprendre les autres Ă travers leur rapport Ă lâeffort. Pourtant, cette construction reposait sur un socle plus vulnĂ©rable que je ne lâimaginais.đ
đ Puis la crise sanitaire est venue fracturer cet Ă©lan. Les salles se sont fermĂ©es, les corps se sont isolĂ©s, le contact est devenu suspect, lâactivitĂ© physique encadrĂ©e sâest dĂ©placĂ©e, ralentie, interrompue ou virtualisĂ©e. Ce qui paraissait concret, presque Ă©vident, sâest rĂ©vĂ©lĂ© dĂ©pendre dâun contexte extĂ©rieur beaucoup plus vaste. Ce nâĂ©tait pas seulement une difficultĂ© professionnelle : câĂ©tait une premiĂšre leçon brutale sur la subsistance. On peut avoir une compĂ©tence rĂ©elle, une prĂ©sence rĂ©elle, une volontĂ© rĂ©elle, et pourtant voir le terrain disparaĂźtre sous ses pieds.đ
đ Cette fracture mâa obligĂ© Ă reconfigurer mon rapport Ă la valeur. Si le corps Ă©tait un socle, il ne pouvait pas ĂȘtre le seul. Si la prĂ©sence physique Ă©tait une force, elle pouvait aussi devenir une limite lorsque le monde se refermait. Il fallait donc dĂ©placer quelque chose : apprendre Ă penser au-delĂ de la salle, au-delĂ du face-Ă -face, au-delĂ de la performance visible. Câest dans cette faille que sâest prĂ©parĂ©e la bascule suivante : quitter progressivement le corps comme seul lieu de subsistance pour entrer dans un autre territoire, plus froid, plus stratĂ©gique, plus systĂ©mique â celui du business, des logiciels, des organisations et des technologies.đ
đ LA BASCULE TECHNO-COMMERCIALE đ
« AprĂšs le corps, jâai dĂ©couvert les systĂšmes : lĂ oĂč la performance ne se mesure plus seulement dans lâeffort visible, mais dans la capacitĂ© Ă lire les structures invisibles. »
đ AprĂšs le corps performant et la fracture sanitaire, il a fallu dĂ©placer la valeur ailleurs. Si la salle pouvait se fermer, si le contact pouvait ĂȘtre suspendu, si la subsistance par la prĂ©sence physique pouvait ĂȘtre interrompue par un Ă©vĂ©nement extĂ©rieur, alors il fallait comprendre un autre territoire : celui des organisations, du marchĂ©, des outils numĂ©riques, des stratĂ©gies commerciales et des technologies. Câest ainsi que je suis entrĂ© dans un univers plus froid, plus codĂ©, plus systĂ©mique : lâĂ©cole de commerce, la vente complexe, les logiciels, les ESN, lâĂ©dition, lâintĂ©gration logicielle, les acquisitions digitales, Salesforce, les CRM, les pipelines commerciaux et les opĂ©rations stratĂ©giques.đ
đ Ce basculement nâĂ©tait pas seulement professionnel. Il mâa obligĂ© Ă changer de regard. Dans le coaching, je lisais les corps, les limites, les blessures, les motivations, les rĂ©sistances individuelles. Dans la vente complexe, il fallait lire autre chose : les organisations, les circuits de dĂ©cision, les enjeux cachĂ©s, les rapports dâinfluence, les besoins exprimĂ©s et ceux qui ne lâĂ©taient pas encore. Il ne suffisait plus de comprendre une personne ; il fallait comprendre un systĂšme entier, avec ses portes visibles, ses passages informels, ses acteurs silencieux, ses rĂ©sistances internes et ses intĂ©rĂȘts parfois divergents.đ
đ Câest lĂ que le commerce est devenu, pour moi, presque une forme de gĂ©opolitique miniature. Vendre un logiciel, ce nâĂ©tait pas simplement prĂ©senter une solution. CâĂ©tait cartographier un territoire, identifier les forces en prĂ©sence, comprendre qui dĂ©cide vraiment, qui influence sans signer, qui bloque sans apparaĂźtre, qui porte le besoin, qui craint le changement, qui cherche du pouvoir, qui veut gagner du temps ou Ă©viter une erreur. DerriĂšre chaque outil, il y avait une organisation ; derriĂšre chaque organisation, une architecture humaine ; derriĂšre chaque dĂ©cision, un mĂ©lange de rationalitĂ©, de peur, dâintĂ©rĂȘt, de statut et de stratĂ©gie.đ
đ Ce monde nâĂ©tait pas abstrait pour moi. Jâai rĂ©ellement manipulĂ© ces outils, testĂ© leurs connexions, reliĂ© des plateformes entre elles, explorĂ© les premiers usages de lâintelligence artificielle, automatisĂ© des flux avec Zapier, connectĂ© des environnements comme Gmail, LinkedIn, Meta, NeoDeal ou Salesforce, Ă une Ă©poque oĂč ces usages nâĂ©taient pas encore aussi banalisĂ©s. Je dĂ©couvrais que la valeur ne venait plus seulement dâune compĂ©tence isolĂ©e, mais de la capacitĂ© Ă faire circuler lâinformation entre plusieurs systĂšmes. Le rĂ©el devenait plus technique, plus rapide, plus abstrait ; et il fallait apprendre Ă lire les machines sans cesser de lire les humains qui les vendent, les achĂštent, les refusent ou les fantasment.đ
đ Pourtant, malgrĂ© lâintensitĂ© de cette bascule, quelque chose en moi rĂ©sistait. Je pouvais apprendre ce monde, y progresser, comprendre ses codes, ses stratĂ©gies, ses promesses et ses jeux dâinfluence. Il mâapportait une mĂ©thode, une luciditĂ© commerciale, une capacitĂ© Ă cartographier les systĂšmes, peut-ĂȘtre mĂȘme une stabilitĂ© possible. Mais je sentais aussi que si je continuais trop loin dans cette direction, je risquais de nourrir une trajectoire efficace sans quâelle soit centrale. Câest lĂ que la question est devenue plus tranchante : fallait-il poursuivre une voie performante parce quâelle Ă©tait rentable, ou refuser de construire une subsistance sur un axe qui nâĂ©tait pas le mien ?đ
đ LA VIRILITĂ BLESSĂE AVANT LâAMBITION đ
« Avant de vouloir gagner plus, il y avait surtout cette sensation plus archaïque : ne plus jamais me sentir diminué dans ma propre capacité à tenir. »
đ AprĂšs la bascule techno-commerciale, une tension plus intime a commencĂ© Ă apparaĂźtre avec davantage de nettetĂ©. Elle ne relevait pas encore de lâambition pure, ni du dĂ©sir abstrait de richesse, ni mĂȘme dâune volontĂ© froide de rĂ©ussite. Elle venait dâun endroit plus ancien, plus silencieux, plus difficile Ă nommer sans tomber dans la caricature : le rapport entre subsistance, masculinitĂ©, contribution et dignitĂ©. Je ne parle pas ici dâune virilitĂ© de domination, ni dâun fantasme de supĂ©rioritĂ© sur lâautre. Je parle dâune virilitĂ© plus souterraine, celle qui pousse un homme Ă vouloir tenir, porter, assurer, contribuer, protĂ©ger, payer parfois, sans toujours distinguer ce qui relĂšve de la responsabilitĂ© juste et ce qui relĂšve dâune dette intĂ©rieure envers lâimage quâil croit devoir incarner.đ
đ Cette tension sâest particuliĂšrement cristallisĂ©e dans une relation oĂč lâasymĂ©trie Ă©conomique me renvoyait Ă une forme de diminution. La personne en face de moi vivait dĂ©jĂ trĂšs bien sa vie, disposait dâune stabilitĂ© plus installĂ©e, dâun confort plus Ă©vident, dâune aisance que je nâavais pas encore. Et pourtant, malgrĂ© cet Ă©cart, je continuais Ă prendre beaucoup en charge, comme si donner, payer ou assumer me permettait de maintenir une place que je sentais intĂ©rieurement menacĂ©e. Ce nâĂ©tait pas seulement une question dâargent. CâĂ©tait une question de posture, de regard sur moi-mĂȘme, de capacitĂ© Ă rester debout dans une dynamique oĂč je ne voulais pas devenir celui qui reçoit trop, qui dĂ©pend trop, qui pĂšse trop, ou qui ne tient pas assez.đ
đ Avec le recul, je comprends que cette blessure prĂ©cĂ©dait lâambition. Avant mĂȘme de vouloir rĂ©ussir, il y avait le refus de me sentir petit. Avant mĂȘme de vouloir gagner davantage, il y avait le refus dâĂȘtre ramenĂ© Ă une insuffisance silencieuse. Lâargent devenait alors moins une ressource quâun langage de rĂ©paration. Il devait prouver que je pouvais tenir, offrir, construire, ĂȘtre Ă la hauteur, ne pas subir lâĂ©cart, ne pas rester dans le retard, ne pas me justifier face Ă une rĂ©alitĂ© matĂ©rielle qui ne correspondait pas encore Ă lâimage masculine que je voulais incarner. Câest lĂ que la subsistance a commencĂ© Ă se charger dâune intensitĂ© dangereuse : elle ne servait plus seulement Ă vivre, mais Ă restaurer une image intĂ©rieure fissurĂ©e.đ
đ Câest dans cette zone que le fantasme des 10K par mois a commencĂ© Ă prendre une puissance particuliĂšre. Cette somme ne reprĂ©sentait pas seulement un objectif financier. Elle condensait une revanche symbolique, une promesse de sĂ©curitĂ©, une sortie de lâhumiliation discrĂšte, une preuve de valeur, presque un seuil mythologique. Ă travers elle, je nâimaginais pas seulement mieux gagner ma vie ; jâimaginais ne plus jamais ressentir ce dĂ©calage entre ce que je voulais porter et ce que ma rĂ©alitĂ© matĂ©rielle permettait rĂ©ellement dâassumer. Les 10K devenaient la fiction rĂ©paratrice dâun homme qui ne voulait plus seulement subsister, mais reprendre symboliquement le dessus sur la vie.đ
đ Mais lorsquâune ambition naĂźt dâune blessure, elle porte dĂ©jĂ son propre piĂšge. Lâargent peut alors devenir une prothĂšse de dignitĂ©, puis une prison plus subtile encore. Chaque seuil atteint appelle un autre seuil, chaque preuve demande une preuve supplĂ©mentaire, chaque dĂ©monstration risque de nourrir la blessure quâelle prĂ©tend refermer. Câest lĂ que la virilitĂ© peut se perdre : non pas parce quâelle veut tenir, mais parce quâelle commence Ă croire quâelle doit se vendre, se durcir, sâĂ©puiser ou se transformer en machine de performance pour ne plus jamais se sentir diminuĂ©e. Et câest prĂ©cisĂ©ment cette faille qui allait rendre les promesses scalables si sĂ©duisantes : elles ne vendaient pas seulement une mĂ©thode, elles vendaient la possibilitĂ© de rĂ©parer une image de soi par le chiffre.đ
đ LES ILLUSIONS SCALABLES ET LâEXPOSITION PUBLIQUE đ
« Je croyais scaler une activitĂ© ; je dĂ©couvrais surtout quâune blessure peut trĂšs vite se transformer en systĂšme. »
đ AprĂšs la virilitĂ© blessĂ©e avant lâambition, le dĂ©sir de construire quelque chose par moi-mĂȘme sâest intensifiĂ©. Ă cette Ă©poque, jâĂ©tais encore ingĂ©nieur dâaffaires dans les hautes technologies, mais je sentais quâune grande partie de mon Ă©nergie servait une trajectoire qui nâĂ©tait pas vraiment la mienne. Je voulais entreprendre, reprendre la main, ne plus mettre autant de pression au service dâune structure dont le bĂ©nĂ©fice symbolique et matĂ©riel revenait surtout Ă dâautres. Nâayant pas encore de rĂ©seau solide dans la haute technologie, je suis revenu vers ce que je connaissais dĂ©jĂ intimement : le sport, la psychologie, la diĂ©tĂ©tique, la transformation du corps et les troubles du rapport Ă lâalimentation.đ
đ Câest ainsi quâest nĂ©e mon activitĂ© de coach holistique, sous le nom de Coach Hamza 3 en 1 : trois compĂ©tences rĂ©unies dans une mĂȘme approche. Jâaccompagnais des personnes en articulant le corps, lâalimentation et la psychĂ©, avec une attention particuliĂšre portĂ©e aux TCA, notamment Ă lâhyperphagie. Beaucoup arrivaient aprĂšs avoir testĂ© des programmes vendus trop vite, trop mĂ©caniquement, trop loin de leur rĂ©alitĂ© intĂ©rieure. LĂ oĂč dâautres proposaient simplement des plans alimentaires ou sportifs, je cherchais dâabord Ă comprendre la source du dĂ©sordre : les habitudes, les blessures, les compensations, les automatismes, les tensions psychologiques. Je ne prĂ©tendais pas me substituer aux mĂ©decins ni aux spĂ©cialistes de santĂ© ; je cherchais Ă occuper une place composite, plus incarnĂ©e, entre comprĂ©hension, accompagnement, pĂ©dagogie et reconstruction progressive.đ
đ LâactivitĂ© a commencĂ© Ă prendre. Le coaching en ligne, les rĂ©seaux sociaux, Instagram, les interviews, la crĂ©ation de contenu et la construction dâune communautĂ© donnaient lâimpression quâun seuil pouvait ĂȘtre franchi. Autour de moi, tout un univers parlait de scaling, dâoffres, de systĂšmes, dâacquisition, de tunnels, de recrutement, de croissance, de paliers Ă atteindre : 2K, puis 5K, puis surtout 10K par mois. Cette somme est devenue pour moi un seuil presque mythologique. Je ne la voyais pas seulement comme un chiffre, mais comme la premiĂšre grande marche vers une autre vie : plus de sĂ©curitĂ©, plus de marge, plus de capacitĂ© Ă rĂ©investir, peut-ĂȘtre mĂȘme lâentrĂ©e dans une trajectoire exponentielle oĂč chaque palier rendrait le suivant plus accessible. Je ne comprenais pas encore que je ne sortais pas forcĂ©ment dâun systĂšme : jâentrais dans un autre.đ
đ Dans cet univers, tout nâĂ©tait pas faux, ni mĂ©diocre. Certaines personnes mâont rĂ©ellement aidĂ© Ă structurer, clarifier, trouver des clients, organiser un systĂšme numĂ©rique et professionnaliser mon activitĂ©. Mais lâĂ©cosystĂšme lui-mĂȘme jouait facilement avec les ambitions, les fantasmes, les blessures de valeur et les dĂ©sirs de revanche. Plus je voulais atteindre les 10K, plus la pression montait. Je crĂ©ais du contenu, je voulais recruter, construire une sociĂ©tĂ© de coaching, dĂ©velopper MetaBoost, agrandir lâactivitĂ©, tenir le rĂŽle de celui qui rĂ©ussit, tout en accompagnant des personnes dont les troubles faisaient Ă©cho Ă mes propres tensions. Ă force de vouloir stabiliser les autres, je commençais moi-mĂȘme Ă dĂ©velopper de lâangoisse, des crises le soir, des dĂ©sordres alimentaires, comme si mon propre corps devenait le laboratoire douloureux de ce que jâessayais de comprendre chez mes clients.đ
đ Puis lâexposition publique a ouvert une autre fracture. Ă mesure que mon activitĂ© devenait visible, certains profils plus acadĂ©miques, plus spĂ©cialisĂ©s, plus institutionnels dans le champ des TCA ont commencĂ© Ă contester ma lĂ©gitimitĂ©. Des contenus ont Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©s, sortis de leur contexte, commentĂ©s, attaquĂ©s, parfois comme si mon profil composite devait ĂȘtre rĂ©duit Ă une imposture. Ce qui Ă©tait en jeu nâĂ©tait pas seulement une critique professionnelle ; câĂ©tait une collision entre deux formes de lĂ©gitimitĂ© : lâexpertise acadĂ©mique spĂ©cialisĂ©e dâun cĂŽtĂ©, et une approche hybride, incarnĂ©e, transversale, de lâautre.đ
đ Jâai Ă©tĂ© tentĂ© de rĂ©pondre, dâattaquer juridiquement, de dĂ©fendre mon nom, mes diplĂŽmes, mon travail, ma place. Mais cette exposition mâa surtout Ă©puisĂ© intĂ©rieurement. Elle mâa montrĂ© que lorsquâune ambition blessĂ©e rencontre les promesses scalables, puis le regard public, la subsistance peut devenir une arĂšne oĂč lâon ne cherche plus seulement Ă vivre : on cherche Ă prouver quâon avait le droit dâexister, de transmettre et de gagner sa vie sans ĂȘtre rĂ©duit Ă une imposture.đ
đ LA MALADIE, PUIS LâĂCRITURE COMME SUBSISTANCE ALIGNĂE đ
« La maladie mâa retirĂ© le droit de croire que la performance pouvait tout absorber ; lâĂ©criture mâa rendu une autre maniĂšre de tenir debout. »
đ AprĂšs les illusions scalables et lâexposition publique, mon corps a fini par imposer une limite que ma volontĂ© ne voulait plus entendre. Il y eut les crises dâangoisse, les insomnies, la pression constante, lâĂ©puisement mental, puis cette fracture plus radicale encore : une inflammation de la moelle Ă©piniĂšre, une premiĂšre poussĂ©e dâune violence extrĂȘme, et le diagnostic de sclĂ©rose en plaques. Je ne veux pas transformer cette maladie en spectacle, ni rĂ©duire cette traversĂ©e Ă une plainte. Elle fut violente, oui. Elle mâa fait perdre lâusage de la marche, elle a touchĂ© mes forces, ma bouche, mes doigts, mon systĂšme nerveux, mon rapport au corps. Mais elle a aussi interrompu une trajectoire qui devenait trop tendue, trop performative, trop chargĂ©e dâurgence, de revanche, de preuve et de contrĂŽle.đ
đ Je reste pudique avec la spiritualitĂ©, parce que je ne cherche ni Ă convertir, ni Ă prĂȘcher, ni Ă transformer mon expĂ©rience intime en doctrine. Mais puisque ce texte traverse ma vie, je ne peux pas totalement lâĂ©carter. Peu avant cette bascule, le Vendredi 17 mai 2024, jour de mes trente-cinq ans, jâĂ©tais Ă La Mecque, devant la Kaaba. Jây ai formulĂ© un vĆu trĂšs prĂ©cis. Ă cette Ă©poque, je lisais beaucoup Carl Jung, lâindividuation, les synchronicitĂ©s, les signes, les mouvements invisibles de lâexistence. Alors lorsque la maladie est arrivĂ©e, je ne lâai pas seulement vĂ©cue comme un accident biologique ou une injustice arbitraire. Je lâai aussi reçue, intĂ©rieurement, comme une rĂ©ponse, un arrĂȘt, une injonction silencieuse : ralentis, cesse de courir, reviens Ă ce qui ne peut pas ĂȘtre forcĂ©.đ
đ Tout mon rapport au temps sâest alors inversĂ©. Avant, je voulais tenir tous les fronts : ĂȘtre fort, endurant, rapide, souple, rĂ©sistant, performant, ambitieux, riche, aimĂ©, reconnu, utile, irrĂ©prochable. Je voulais exceller partout, comme si la vie devait ĂȘtre conquise par saturation. Ă lâhĂŽpital, cette logique sâest effondrĂ©e. Je ne courais plus aprĂšs les gens, les rendez-vous, les clients, les chiffres, les paliers, les signes extĂ©rieurs de progression. Ceux qui voulaient me voir venaient me voir. Le temps nâĂ©tait plus paramĂ©trĂ© comme un agenda de conquĂȘte, mais reçu comme une visitation. Je dĂ©couvrais une Ă©nergie plus rĂ©ceptive, presque fĂ©minine dans son principe : accueillir, laisser venir, respirer, Ă©couter, ne plus forcer lâouverture du rĂ©el.đ
đ Câest lĂ que la gratitude a commencĂ© Ă devenir autre chose quâune idĂ©e. Quand on perd la marche, marcher redevient un miracle. Quand la bouche articule difficilement, parler redevient un privilĂšge. Quand les doigts perdent leur force, tenir devient dĂ©jĂ une victoire. Et surtout, je respirais. Ă lâhĂŽpital, jâai partagĂ© la proximitĂ© dâun jeune homme malade dâun cancer, qui souffrait chaque nuit au niveau des poumons et qui est dĂ©cĂ©dĂ© quelque temps plus tard. Cette prĂ©sence mâa profondĂ©ment marquĂ©. Je pouvais ĂȘtre atteint, diminuĂ©, ralenti, mais je respirais encore. Je voyais encore. Je pensais encore. JâĂ©tais vivant. LĂ oĂč je croyais manquer de tout, je dĂ©couvrais que je possĂ©dais dĂ©jĂ des luxes invisibles que la performance mâavait empĂȘchĂ© dâhonorer.đ
đ Dans ce ralentissement forcĂ©, lâĂ©criture a commencĂ© Ă prendre une autre place. Elle nâĂ©tait plus seulement une expression, ni une posture intellectuelle, ni un prolongement esthĂ©tique. Elle devenait un miroir thĂ©rapeutique, un espace de recomposition, une maniĂšre de regarder ce qui mâavait traversĂ© sans devoir immĂ©diatement le rentabiliser. Je lisais sur le taoĂŻsme, le soufisme, le stoĂŻcisme, la physique quantique, lâĂ©cologie, les plantes, la technologie, le masculin, le fĂ©minin, lâexistence, la mort, le sens. Je cherchais une architecture. Une rĂ©ponse. Une langue capable de faire tenir ensemble le corps blessĂ©, lâesprit en crise, la foi pudique, la science, le symbole, la stratĂ©gie et la nĂ©cessitĂ© de continuer Ă vivre. Câest dans cette zone quâa commencĂ© Ă Ă©merger ce qui deviendrait peu Ă peu mon univers dâĂ©criture.đ
đ Jâai alors compris que mon axe ne pouvait plus ĂȘtre construit sur la seule performance. Ni sur la revanche Ă©conomique. Ni sur la dĂ©monstration permanente. Ni sur lâobsession de devenir riche pour rĂ©parer une blessure de valeur. La maladie mâavait retirĂ© lâillusion selon laquelle la volontĂ© suffit toujours. Elle mâavait aussi retirĂ© le fantasme selon lequel lâexpansion extĂ©rieure peut absorber toutes les fractures intĂ©rieures. Ă partir de lĂ , la question nâĂ©tait plus : comment atteindre les 10K, comment scaler, comment prouver, comment devenir imprenable ? La question devenait plus sobre, plus dure et plus juste : comment vivre dignement depuis ce qui est rĂ©ellement alignĂ© avec moi ?đ
đ Aujourdâhui, je ne cherche plus la richesse comme revanche. Je cherche une subsistance assez digne pour continuer Ă Ă©crire, penser, analyser, transmettre et construire sans vendre ce qui, en moi, doit rester vertical. Peut-ĂȘtre quâun jour ce blog, ces articles, ces recherches, ces revues, ces analyses et cet univers pourront devenir une part rĂ©elle de ma subsistance. Peut-ĂȘtre que certains textes deviendront payants, non pas pour fermer artificiellement le sens, mais pour permettre Ă ceux qui reconnaissent ce travail dây contribuer, afin que je puisse continuer Ă lâapprofondir avec plus de temps, de soin et de stabilitĂ©. Pour lâinstant, tout cela reste encore en formation. Mais je sens que ma voie passe dĂ©sormais par lĂ : non plus courir aprĂšs lâargent pour rĂ©parer une blessure, mais bĂątir une Ă©conomie sobre autour dâune parole qui ne trahit pas son axe. Et surtout, malgrĂ© les fractures, malgrĂ© les dĂ©tours, malgrĂ© les pertes, je garde cette certitude simple : le meilleur reste Ă venir.đ
đ đŽ-[đ-[đȘâšđïž]] J'ĂCRIS POUR SURVIVRE...
« En mây replongeant, je trouve fascinant de voir Ă quel point ma pensĂ©e, mon style et ma maniĂšre de structurer le rĂ©el ont Ă©voluĂ© depuis. Il y avait dĂ©jĂ lĂ quelque chose de vivant, de brut, de profondĂ©ment sincĂšre â mais pas encore totalement formulĂ©, pas encore pleinement architecturĂ©.
Ce texte me touche encore, parce quâil porte une vĂ©ritĂ© plus nue, presque moins maĂźtrisĂ©e. Comme une premiĂšre respiration avant la colonne vertĂ©brale. Une matiĂšre encore en train de chercher sa forme. »
đ SOURCE : đ
đ Exceptionnellement, cet article ne comportera pas de bibliographie ni de rĂ©fĂ©rences externes dĂ©taillĂ©es. Il sâagit dâun texte autobiographique, traversĂ©, recomposĂ© et mythologisĂ© Ă partir dâune matiĂšre vĂ©cue. Il ne cherche pas Ă prouver une thĂšse depuis des sources extĂ©rieures, mais Ă mettre en forme un parcours intĂ©rieur autour de la valeur, de la subsistance, de la maladie, de lâĂ©criture et de la dignitĂ©.đ
đđ Le Verbe Vertical ne sâexplique plus⊠Il se traverseđ đ












![đ đŽ-[đ-[đȘâšđïž]] J'ĂCRIS POUR SURVIVRE...](https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!Zuyr!,w_280,h_280,c_fill,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep,g_auto/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F453436d5-bb0b-4090-8b31-c454bdbd487b_988x1233.jpeg)

Simplement, merci Hamza (je pense pouvoir me permettre de tâappeler ici par ton prĂ©nom).
Ton texte mâa vraiment beaucoup touchĂ©, câest si inspirant.
Je trouve trĂšs rafraĂźchissant de te dĂ©couvrir ici sous cette plume. Ă mes yeux, cela donne encore plus de saveur, de poids et mĂȘme de lisibilitĂ© Ă ton corpus.
Merci beaucoup pour ce don de soi.
Merci pour ce retour Nadim, la structure mĂȘme de ton commentaire m'indique que ta perception est extrĂȘment fine, et sans chercher Ă te flatter, je trouves ça sincĂšrement impressionnant.
J'ai ressenti que le coeur de mon message, dans ses agencement les plus implicites et les plus subtiles ce sont rendu lisible Ă tes yeux ce qui m'honore et me touches Ă la fois.
J'ai pris un risque en m'exposant plus intimement, mais je sentais une nécessité intérieure de briser la froideur et l'effet surplomb que je laisses transparaßtre inconsciement qui filtre habituellement mon quotidien.
Il y a des éléments délicats dans ton vocabulaire qui me signale, sans que tu cherches à deplacer le centre de gravité du texte vers toi, qu'il y a des passages sur la pudeur et le non-proselytisme que tu es ressenti qui résonne dans ton propre systÚme de pensée.
Le fait d'évoquer la sagesse en filigrane est le noyau de l'adn sous lequel j'aspire du mieux à rester sous tension, et c'est particuliÚrement cette visibilité qui me va droit au coeur... Mais Vraiment droit et profond.
Je clÎture ma réponse avec le concept de «Trans-maturité » qui me semble particuliÚrement intéressant à méditer sur sa graduation.
Merci đđœ