Pour qu'un liminal existe, il faut deux pleins distincts â un dedans et un dehors â dont la frontiĂšre constitue le passage. Quand les deux bords sont eux-mĂȘmes des seuils, il n'y a plus d'entre-deux : il y a superposition.
La superposition, elle, apparaĂźt plutĂŽt Ă la fin du mouvement, lorsque les deux structures commencent Ă devenir lisibles lâune Ă travers lâautre sans pour autant se dissoudre complĂštement.
Le texte essaie justement de suivre cette progression :
DIABOLE â distinction,
MĂTABOLE â transformation,
SYMBOLE â liaison.
Autrement dit, la superposition est davantage un aboutissement de lecture quâun postulat initial.
Merci pour cet article que j'attendais depuis quelques jours. Cette notion de passage liminal organisĂ©e en trois mouvements â diabole, mĂ©tabole et symboleâ tels des pĂ©ages de friction est trĂšs intĂ©ressante.
Néanmoins, dÚs les premiÚres lignes, le positionnement m'a interpellé. En effet, Les Limbes est défini comme "lieu du seuil", autrement dit une fixité. Puis derriÚre, le terme «flottement», qui se veut synonymique, vient tout suite contredire la prémisse énoncée. Je dois avouer que ça m'a quelque peu désarçonné.
Ensuite, Le Verbe Vertical, quant Ă lui, est dĂ©fini comme "l'axe" â c'est-Ă -dire un point fixe, une rĂ©fĂ©rence immobile, tel un systĂšme de signification qui fonctionne prĂ©cisĂ©ment comme repĂšre, autrement dit comme seuil ontologique entre ce qui est orientĂ© et ce qui ne l'est pas. Les deux termes sont donc dĂ©jĂ , structurellement, des variantes du mĂȘme opĂ©rateur : le seuil.
Et c'est lĂ que naĂźt la tension :
Pour qu'un liminal existe, il faut deux pleins distincts â un dedans et un dehors â dont la frontiĂšre constitue le passage. Quand les deux bords sont eux-mĂȘmes des seuils, il n'y a plus d'entre-deux : il y a superposition.
Tout semble au mĂȘme niveau dĂšs l'amorce de l'article alors qu'il promet ce fameux «entre-deux». Sur le plan dialectique, c'est un Ă©cueil qui fragilise tant elle conditionne tout le reste de l'article.
J'aimerais m'arrĂȘter Ă©galement sur cette phrase que j'ai adorĂ© : "Faisons-nous vertueusement incertains, mais certainement pas certains de notre vertu."
Pourquoi ?
Car elle dĂ©finit le cadre de la vertu : l'humilitĂ©. Elle dĂ©nonce la certitude en signifiant que la tentation d'y cĂ©der mĂšne Ă l'orgueil. Elle semble dire :«mĂ©fie-toi de toi-mĂȘme dĂšs l'instant oĂč tu te juges vertueux». C'est un vĂ©ritable sagesse dissimulĂ©e dans le texte đ.
Bravo Ă vous deux pour l'article et l'ambition qu'il porte ! Superbe collaboration.
Merci beaucoup dâavoir pris le temps de lire le texte avec autant dâattention. On sent sincĂšrement que tu as essayĂ© dâentrer dans la mĂ©canique interne de ce que nous avons tentĂ© de produire ensemble, et rien que pour cela, merci.
Ta critique est pertinente et plusieurs points que tu soulĂšves sont rĂ©ellement intĂ©ressants, notamment lorsque tu identifies la proximitĂ© structurelle entre la notion de seuil et celle dâaxe, ou encore lorsque tu relĂšves la portĂ©e presque anti-hubris de la phrase sur la vertu. Tu as trĂšs bien captĂ© cette idĂ©e de vigilance intĂ©rieure face Ă la tentation de se croire dĂ©jà « arrivĂ© » moralement.
Toutefois, il y a peut-ĂȘtre quelques nuances importantes concernant notre usage du liminal.
Je pense notamment que notre divergence vient surtout du fait que tu abordes le texte depuis une lecture trĂšs ontologique et structurelle du seuil â comme frontiĂšre fixe sĂ©parant deux pleins distincts â alors que notre approche Ă©tait davantage phĂ©nomĂ©nologique et dynamique.
Pour nous, le seuil nâest pas forcĂ©ment une ligne statique situĂ©e entre deux blocs dĂ©jĂ constituĂ©s. Il peut Ă©merger entre deux dynamiques, deux vecteurs, deux mouvements, deux rĂ©gimes de perception ou mĂȘme deux temporalitĂ©s.
Autrement dit : lâ« entre-deux » nâa pas nĂ©cessairement besoin de deux masses fixes aux extrĂ©mitĂ©s pour exister. Il peut apparaĂźtre dans la tension mĂȘme du passage, dans lâinstabilitĂ© de la transformation ou dans la friction entre deux orientations.
Câest dâailleurs prĂ©cisĂ©ment pour cela que la notion de transformation devient centrale dans le texte.
Concernant lâidĂ©e de superposition, je comprends totalement ce qui tâa conduit Ă cette lecture, mais lĂ encore, je pense quâil y a une nuance importante : la superposition nâest pas prĂ©sente dĂšs lâorigine.
Au départ, il y a surtout :
â friction,
â distinction,
â oscillation,
â condensation progressive.
La superposition, elle, apparaĂźt plutĂŽt Ă la fin du mouvement, lorsque les deux structures commencent Ă devenir lisibles lâune Ă travers lâautre sans pour autant se dissoudre complĂštement.
Le texte essaie justement de suivre cette progression :
DIABOLE â distinction,
MĂTABOLE â transformation,
SYMBOLE â liaison.
Autrement dit, la superposition est davantage un aboutissement de lecture quâun postulat initial.
MĂȘme chose concernant lâaxe : lorsque tu lâassocies Ă un point fixe, je comprends trĂšs bien la logique derriĂšre cette interprĂ©tation, mais personnellement je ne le vois pas nĂ©cessairement comme immobile.
Un axe peut aussi ĂȘtre compris comme un vecteur, une trajectoire, une direction identifiable par infĂ©rence, sans pour autant ĂȘtre figĂ©. Il conserve une orientation sans ĂȘtre une immobilitĂ© absolue.
Et câest probablement lĂ oĂč nos approches se croisent puis se sĂ©parent lĂ©gĂšrement :
tu sembles davantage penser les structures comme des opĂ©rateurs ontologiques relativement stabilisĂ©s, alors que nous essayons ici dâexplorer des rĂ©gimes plus mouvants, traversĂ©s par des Ă©tats de passage, des fluctuations et des transformations progressives du Sens.
Mais honnĂȘtement, câest prĂ©cisĂ©ment ce type de lecture qui rend lâĂ©change intĂ©ressant.
Merci encore pour ton regard, ta perspicacitĂ© et le temps accordĂ© au texte. Et merci aussi dâavoir attendu cette collaboration avec autant dâattention.
Merci pour ta rĂ©ponse dĂ©taillĂ©e Hamza đ. Voici mes observations :
Tu dis : "Un axe peut aussi ĂȘtre compris comme un vecteur, une trajectoire, une direction identifiable par infĂ©rence, sans pour autant ĂȘtre figĂ©." Seulement lĂ , il y a un problĂšme dialectique majeur selon moi voire une disjonction logique. Un axe qui n'est plus fixe n'est plus un axe mais une trajectoire. Si l'axe devient mouvant, il n'incarne plus l'objet autour duquel on s'oriente mais un sujet qui, en cherchant le sens, se perd.
Ensuite, tu dis : "L'entre-deux n'a pas nĂ©cessairement besoin de deux masses fixes aux extrĂ©mitĂ©s pour exister. Il peut apparaĂźtre dans la tension mĂȘme du passage."
N'y a-t-il pas lĂ une confusion entre le passage et le liminal ? Le liminal est la frontiĂšre, pas le mouvement lui-mĂȘme auquel cas c'est le seuil qui devient une traversĂ©e. Pour qu'il y ait un entre, il faut que les deux termes soient distincts â mĂȘme s'ils sont des mouvements et non des masses. Si ces deux termes sont eux-mĂȘmes mallĂ©ables et indĂ©finis, il n'y a plus d'entre-deux : il n'y a qu'un continuum.
Enfin, tu dĂ©finis votre approche comme dynamique et phĂ©nomĂ©nologique. Seulement, lĂ encore, il y a toute une terminologie qui contredit cette approche dans l'article đ. Je m'explique.
Tu dis : "je discerne la nécessité de structurer avant de transmuter."
Ici, tu poses toi-mĂȘme la structure comme antĂ©rieure et nĂ©cessaire Ă toute transformation. Ce n'est pas une approche dynamique ; c'est mĂȘme l'inverse.
Sans parler des termes tels que : «Ordonner», «trancher», «donner forme». Ce sont des termes qu'on utilise pour «fixer».
De ce que j'ai compris de ma lecture : Les limbes joue le rÎle du «mobile», le verbe vertical du «fixe».
D'ailleurs, on retrouve cette notion d'axe directeur et fixe dans ton pseudonyme mĂȘme : le «Verbe Vertical» ; elle est mĂȘme fondatrice. La verticalitĂ© est une orientation fixe. Le « Verbe» dans la tradition philosophique est aussi ce qui ordonne, ce qui fonde. Ă moins que l'aspect dynamique n'ait Ă©tait ici qu'expĂ©rimental?
Merci Ă toi et Ă Teddy pour cette collaboration qui rappelle toujours Ă quel point la philosophie est affaire de pensĂ©e et d'exploration. On pourrait creuser sans jamais s'arrĂȘter...
Je pense surtout que notre dĂ©saccord vient du fait que nous ne mobilisons pas exactement les mĂȘmes couches philosophiques derriĂšre les termes employĂ© .
Lorsque tu parles dâaxe, tu sembles penser immĂ©diatement un rĂ©fĂ©rentiel stable et ontologique. De mon cĂŽtĂ©, jâutilise davantage lâaxe comme orientation, polarisation ou vecteur organisateur du Sens, sans forcĂ©ment lui attribuer une fixitĂ© absolue.
MĂȘme chose pour le liminal : tu le dĂ©finis principalement comme frontiĂšre structurale, alors que nous essayons ici dâexplorer le seuil comme expĂ©rience de traversĂ©e, de transformation et de tension dynamique.
Mais honnĂȘtement, câest prĂ©cisĂ©ment ce qui rend lâĂ©change intĂ©ressant : nous ne dĂ©fendons pas seulement deux conclusions diffĂ©rentes, mais probablement deux maniĂšres diffĂ©rentes dâhabiter les concepts eux-mĂȘmes.
Et oui, je te rejoins totalement sur un point : on pourrait creuser cela trĂšs longtemps đ.
Oui, c'est la beautĂ© de la philosophie đ. Encore bravo pour votre travail. Tellement plaisant Ă lire ! Vos profils me stimulent beaucoup sur le plan philosophique ces temps-ci đđ. Pour mon plus grand plaisir.
Merci beaucoup Ă toi Nadim, pour lâintĂ©rĂȘt portĂ© Ă nos travaux et pour la pertinence de tes remarques.
Merci vraiment, Nadim.
Si un jour, tu serais ouvert pour participer à notre écriture collaborative.
J'en serai sincÚrement honoré.