đ© AU-DELĂ đȘ
« Papa, ton silence absolu m'enseigne que plus je me différencie de toi, plus je te ressemble. »
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Toutes les images que vous verrez dans cet article sont issues de VIRILIS MENTIS PRIME, (en cours dâĂ©dition) un corpus visuel et conceptuel traversant mes pensĂ©es au sein de son Artefact Edition.
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đ© PRĂAMBULE đȘ
Avant de commencer cette lecture, quelques mots.
Contrairement aux textes qui composent habituellement Le Verbe Vertical, celui-ci nâest ni un article conceptuel, ni une analyse, ni une architecture. Vous nây trouverez rien Ă apprendre au sens habituel du terme.
Pour une fois, la structure sâefface.
Il ne reste quâune parole.
Ce texte est nĂ© dâune nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure.
Certaines choses nâont jamais pu ĂȘtre dites Ă mon pĂšre.
Cette lettre est ma façon de les lui adresser aujourdâhui.
Libre Ă chacun dây voir un monologue, un dialogue ou un dialogue asymĂ©trique.
Pour accompagner cette lecture, deux voix seront distinguées par leurs glyphes :
đ© ... đȘ : la voix de mon pĂšre.
đ ... đ : ma propre voix.
Ce choix nâa aucune portĂ©e Ă©sotĂ©rique.
Il constitue simplement un repĂšre visuel, afin que la forme accompagne naturellement le fond.
Jâadresse une pensĂ©e sincĂšre Ă celles et ceux qui ont dĂ©jĂ perdu un pĂšre, une mĂšre, ou leurs deux parents.
JâespĂšre que ces quelques lignes trouveront un Ă©cho en vous.
Et Ă ceux qui ont encore cette chance, profitez de leur prĂ©sence tant quâelle vous est offerte.
Non parce que la mort serait un drame Ă combattre, mais parce quâelle fait partie de la vie.
Câest peut-ĂȘtre mĂȘme elle qui lui donne une partie de sa valeur.
Pendant longtemps, jâai tout fait pour ne pas ressembler Ă mon pĂšre.
Aujourdâhui, face Ă son silence, je dĂ©couvre que plus je me suis diffĂ©renciĂ© de lui, plus je lui ressemble.
đ© AU-DELĂ đȘ nâest pas un texte Ă comprendre.
Câest une parole que je devais enfin dĂ©poser.
đ« Papa, ton silence absolu mâenseigne que plus je me diffĂ©rencie de toi, plus je te ressemble. »đ
đ© « Ah bon ? » đȘ
đ « Oui.
Tu as commencĂ© Ă ĂȘtre trĂšs dur avec moi, bien avant que jâaie lâĂąge de comprendre les choses.
Jâai grandi non pas en tâaimant, mais en te craignant, sans jamais savoir ce qui pouvait te mettre en colĂšre.
Jâai grandi dans une vigilance permanente, tout en espĂ©rant quâun jour, tu sois fier de moi.
Et pourtant...
Câest dans ton absence que jâai fini par comprendre ta maniĂšre dâaimer.
Ă travers la forge.
Ă travers la droiture. » đ
𩠫 Tu étais un enfant trÚs spécial...
Peut-ĂȘtre mĂȘme trop spĂ©cial.
Dis-moi...
Comment as-tu cherché à te différencier de moi ?
Et moi qui espĂ©rais simplement tâentendre me dire un jour que tu mâaimais...
Ne tâai-je donc jamais dit que jâĂ©tais fier de toi ? » đȘ
đ « J'ai voulu devenir ton contraire.
Je t'ai vu en colĂšre.
Alors j'ai cru que la douceur consistait Ă ne jamais me mettre en colĂšre.
Je prenais sur moi.
J'évitais les conflits.
J'étouffais mes émotions.
Je pensais ĂȘtre plus fort en les contenant.
Mais ce que je retenais ne disparaissait pas.
Tout s'accumulait.
Jusqu'au jour oĂč je n'explosais plus de colĂšre...
J'explosais de saturation.
Et ces colÚres-là étaient les plus injustes.
Les plus violentes.
Les plus regrettables.
Pendant longtemps, j'ai cru que la colÚre était le problÚme.
Aujourd'hui, je comprends que c'Ă©tait le silence que j'imposais Ă mes propres Ă©motions. » đ
đ© « Tu vois...
Plus tu as voulu te différencier de moi...
Plus tu tâes approchĂ© de moi.
Moi aussi, jâai cru que jâĂ©tais diffĂ©rent de mon pĂšre.
Il était plus dur que moi.
Plus violent que moi.
Alors jâai voulu ne jamais lui ressembler.
Jâai pris sur moi.
Encore.
Encore.
JusquâĂ ce que ma propre saturation parle Ă ma place.
Et câest toi qui lâas reçue.
Ce que tu as vécu avec moi...
Je lâavais dĂ©jĂ vĂ©cu avec lui. » đȘ
đ « Tu sais...
Il y a tellement de choses que j'aurais voulu te dire...
Que maintenant que je t'ai en face de moi...
Il n'y a presque plus rien qui me vient.
Comme si toutes ces années à préparer cette conversation s'étaient envolées.
AprÚs ton départ, j'ai mis presque un an à comprendre que tu n'étais plus là .
Parce que chaque nuit, je te retrouvais dans mes rĂȘves.
Tu étais vivant.
Tu me parlais.
Tu marchais.
Une partie de moi refusait d'accepter ce que l'autre savait déjà .
Puis je me réveillais.
Et je devais te perdre une seconde fois.
Chaque matin.
Pendant un an. » đ
𩠫 Ce n'était pas moi que tu refusais de quitter...
C'Ă©tait la vie que nous n'avions pas terminĂ©e ensemble. » đȘ
đ « Je reviens souvent Ă cette journĂ©e.
Je t'avais dans mes bras.
Ton souffle n'était plus là .
C'était la premiÚre fois que je voyais un corps sans vie.
Mais le plus difficile...
Ce n'était pas de voir un mort.
C'était de voir le corps de celui qui m'avait toujours semblé invincible.
Je crois que ce jour-là , une partie de moi est restée figée.
Le reste a continué à vivre...
Comme il pouvait.
Puis sont venues les angoisses.
Des mois plus tard.
Comme si mon corps comprenait enfin ce que mon esprit avait refusĂ© d'admettre. » đ
đ© « On croit toujours que la douleur arrive avec lâĂ©vĂ©nement...
Parfois...
Elle attend que lâon soit capable de la porter. » đȘ
đ « Il y a pourtant une chose qui mâapaise.
Je suis heureux que tu ne mâaies jamais vu tomber malade.
Je suis heureux que tu ne mâaies pas vu Ă lâhĂŽpital.
Ă lâĂ©poque, jâaurais voulu que tu sois prĂšs de moi.
Aujourdâhui, je crois que cela tâaurait fait plus souffrir que moi.
Je te ressemble jusque-lĂ .
Jâai toujours prĂ©fĂ©rĂ© porter certaines douleurs seul...
PlutĂŽt que de les faire peser sur ceux que jâaime. » đ
đ© « Tu vois...
Tu croyais avoir appris cela sans moi.
Pourtant...
Tu lâavais dĂ©jĂ appris en me regardant vivre. » đȘ
đ « Câest Ă©trange...
En vieillissant, je ne retrouve pas seulement ton caractĂšre.
Je retrouve ta maniÚre de traverser les épreuves.
Ta maniĂšre de tenir debout.
MĂȘme ta maniĂšre de vieillir.
Pendant des annĂ©es, jâai cru que je devais mâĂ©loigner de toi pour devenir moi.
Aujourdâhui...
Ton silence mâapprend exactement lâinverse.
Plus je deviens pleinement moi-mĂȘme...
Plus je dĂ©couvre ce que tu mâas transmis sans jamais avoir eu besoin de me lâexpliquer. » đ
đ© « Les enfants croient souvent qu'ils deviennent leurs parents en les imitant.
Ils leur ressemblent surtout...
Lorsqu'ils traversent, Ă leur tour, ce qu'ils avaient eux-mĂȘmes traversĂ©.
C'est seulement lĂ ...
Qu'ils vont au-delĂ .
Au-delĂ de leurs blessures.
Au-delĂ de leurs jugements.
Au-delĂ des apparences.
Et c'est seulement au-delĂ ...
Qu'ils dĂ©couvrent enfin qui Ă©tait leur pĂšre. » đȘ
đ « Je croyais que l'au-delĂ commençait avec ta mort.
Aujourd'hui, je comprends qu'il commence surtout lorsque je regarde enfin au-delĂ de ce que je croyais savoir de toi. » đ
QTLX â JOURNAL DâATELIER
â LA COMPRĂHENSION
â LUI DIRE JE T'AIME
ââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââ ââââââââââââââââââââ ââââââââ ââââââââââââââââââââ ââââââââ
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đ Le Verbe Vertical ne sâexplique plus⊠Il se traverseđ





C'est un texte bouleversant ; de ces cris sourds que seuls comprennent ceux qu'unissent les liens du sang. C'est un dialogue ininterrompu entre deux Ăąmes jumelles qui ne se sont jamais perdues. Il est rĂ©confortant de lire, chez ceux qui en ont fait l'expĂ©rience, que le dĂ©funt ne meurt jamais dans la mĂ©moire de sa descendance. L'image du pĂšre sans vie, vidĂ© de sa force, transmet celle-ci au fils comme un prĂ©cieux relais de postĂ©ritĂ©. Bravo pour ce joli texte Hamza. TrĂšs Ă©mouvant et mĂ©ditatif Ă la fois. đïž
merci pour ce commentaire, Nadim.
Il me touche particuliÚrement, d'autant plus qu'il concerne un texte qui m'est trÚs intime. J'apprécie toujours la finesse de tes lectures, mais celle-ci résonne d'une maniÚre particuliÚre.
J'ai beaucoup aimé l'expression "cri sourd". Je n'avais jamais pensé à la formuler ainsi, mais je la trouve trÚs juste. Elle décrit quelque chose qui est resté longtemps contenu dans le silence, la retenue et des langages qui ne se rencontraient pas encore.
Il fallait simplement que cette parole trouve enfin sa respiration, sans éclat, mais avec calme et contemplation.
J'ai aussi été sensible à ta lecture sur la transmission.
Je ne l'avais pas consciemment envisagée sous cet angle, mais ton image du corps sans vie qui transmet sa force au fils m'a interpellé. C'est une lecture que je trouve juste.
Il y a effectivement quelque chose qui s'est transmis Ă cet instant prĂ©cis, mĂȘme si je n'avais jamais rĂ©ussi Ă le formuler ainsi.
Merci encore pour ton regard et pour le temps que tu as accordé à cette lecture.